Publié le 16 septembre 2026 · 3 minutes de lecture
Non, le rat n'est pas hémophile, pas plus que la souris. Son sang coagule normalement. L'idée vient de la mort-aux-rats : la plupart des raticides sont des anticoagulants, qui provoquent des hémorragies internes. Ils agiraient de la même façon sur un chien, un chat ou un humain, et c'est justement ce qui les rend dangereux.
Ce qu'est vraiment l'hémophilie
L'hémophilie est une maladie génétique : il manque au sang un des facteurs de coagulation, le facteur VIII ou le facteur IX. Elle touche l'homme et a été décrite chez quelques animaux domestiques, dont le chien. Rien de tel chez le rat sauvage : il cicatrise normalement. Des lignées de rats de laboratoire ont été modifiées pour la recherche sur la maladie, ce qui a pu entretenir la confusion, mais elles n'ont rien à voir avec le surmulot de votre cave.
D'où vient l'idée reçue
Depuis le milieu du XXᵉ siècle, les raticides les plus utilisés sont des anticoagulants. La warfarine, première molécule à grande diffusion, a été homologuée comme raticide à la fin des années 1940, avant d'être utilisée comme médicament. Un rat empoisonné meurt donc d'hémorragies. Le raccourci s'est fait tout seul : « s'il meurt en saignant, c'est qu'il est hémophile ». C'est l'inverse : c'est le poison qui empêche temporairement son sang de coaguler.
Comment agit un raticide anticoagulant
Pour fabriquer plusieurs facteurs de coagulation, le foie a besoin de vitamine K, recyclée en permanence par une enzyme. Les anticoagulants bloquent ce recyclage. Le sang ne perd pas immédiatement sa capacité à coaguler : les facteurs déjà présents s'épuisent progressivement. D'où un effet différé de plusieurs jours, détaillé dans notre article en combien de temps agit la mort-aux-rats.
| Anticoagulants de 1ʳᵉ génération | Anticoagulants de 2ᵉ génération | |
|---|---|---|
| Exemples de molécules | Warfarine, chlorophacinone, coumatétralyl | Bromadiolone, difénacoum, brodifacoum, difethialone |
| Prises nécessaires | Plusieurs repas successifs | Souvent une seule prise suffit |
| Persistance dans l'organisme | Plus courte | Longue, d'où un risque accru pour les prédateurs |
Pourquoi ce poison marche si bien sur le rat
- Le rat se méfie de la nouveauté. Il goûte un aliment inconnu en petite quantité et attend. Un poison immédiat lui apprendrait à l'éviter ; un poison différé ne crée pas d'association.
- Le rat ne peut pas vomir. Ce qu'il a avalé reste dans son organisme, contrairement au chien, par exemple.
- Il vit en groupe. Tant que les premiers individus ne tombent pas malades, les autres continuent de consommer l'appât.
Certaines populations de rats ont développé des résistances génétiques à une partie de ces molécules, y compris en France. C'est une des raisons pour lesquelles le choix du produit et le suivi des consommations relèvent d'un professionnel.
Le vrai sujet : le danger pour vos animaux
Puisque le rat n'a rien de particulier, un anticoagulant agit sur tous les mammifères et sur les oiseaux. Un chien qui croque un bloc d'appât, un chat qui mange une souris empoisonnée, une poule qui picore des grains traités : tous sont exposés. Les signes (fatigue, gencives pâles, saignements) n'apparaissent souvent qu'après plusieurs jours. En cas d'ingestion suspectée, contactez immédiatement un vétérinaire, sans attendre les symptômes : un antidote à base de vitamine K1 existe, mais il doit être prescrit.
C'est pour cette raison que les appâts doivent toujours être placés dans des postes d'appâtage fermés, et que les professionnels privilégient les pièges mécaniques là où vivent des animaux domestiques. Pour le cas particulier des volailles, voir rats dans le poulailler.